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 It's not that Hard [R.]

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Norah Craig
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MessageSujet: It's not that Hard [R.]   Dim 30 Mar - 18:39

Amsterdam. Après tout ce temps passé chez elle, à New York, Norah ne se sentait seulement ici comme étant à sa maison. Cela n’avait rien d’étrange étant donné qu’elle y avait passé les cinq dernières années de sa vie. Les plus importantes aussi. En faire un résumé succinct était impossible puisque trop de choses s’étaient déroulé pour en occulter, ne fut-ce que le quart. Les personnes rencontrées, les actions accomplies, les leçons apprises, tant de petits points qui avaient forgé sa personnalité et l’avait transformée en la jeune femme mûre et déterminée qu’elle était désormais. Elle ne remercierait jamais assez sa mère de l’avoir poussé dans cette voie – bien qu’elle eût préféré, durant un temps, s’engager dans la chanson – puisqu’elle lui avait, par la même occasion, ouvert une multitude de portes. Quelques réflexions avaient suffi pour que la jeune Craig s’engageât dans la politique internationale, le poste d’assistance de l’Ambassadeur des Etats-Unis lui ayant par la suite tendu les bras. Avec les fabuleuses rencontres faites à l’université et qui demeuraient à ses côtés encore aujourd’hui, tout le monde était en droit de croire qu’elle avait une vie parfaite. Et pourtant.

Pourtant une ombre venait obscurcir ce si joli tableau, ajoutant une touche de noir dans une vie gris clair. Car oui, elle avait beau se promener sur Rembrandtplein, le sourire aux lèvres et la démarche assurée, personne ne pouvait discerner à travers ses lunettes de soleil griffées la nostalgie qui se lisait dans son regard. En fait, malgré un job de rêve et un cercle d’amis envié de tous, elle se sentait parfois affreusement seule. Elle en connaissait la cause, hélas elle n’avait pas encore fait le deuil de sa dernière relation en date – ou devait-elle dire « sa double relation » puisque ni Matthew Galloway ni Fabrizio Cominotti n’étaient sorti de sa mémoire – et s’en voulait encore d’avoir tout fichu en l’air comme elle l’avait fait. Toutefois, sa personnalité était ainsi. L’amour était banni de son mode de vie et elle devrait s’en accommoder pour encore les soixante années à venir. Elle avait eu le bonheur à portée de main, l’avait effleuré grâce à un garçon amoureux et prêt à tout pour elle, plutôt que de l’accepter à bras ouverts, elle l’avait fuit au triple galop sans se retourner. Elle ne devait s’en prendre qu’à elle-même, ce qu’elle faisait chaque jour que Dieu jugeait bon de créer. Les remontrances de Jaden – « Tu es trop dure avec toi-même, va de l’avant, tu trouveras quelqu’un d’autre » - ne l’aidaient pas vraiment à se sentir mieux, au contraire, elle restait plongée dans sa solitude, comme si elle aimait s’y noyer. Peut-être était-ce vrai. Peut-être avait-elle connu trop de sentiments et de désillusions trop vite et que son quota était dépassé depuis longtemps.

Passant le Red Neon, elle reconnut, à quelques mètres d’elle, la voix si particulière et désagréable de la secrétaire de l’Ambassade – une vieille femme aigrie dont le récent veuvage n’avait fait que rendre plus antipathique encore – qui se rapprochait dangereusement. Pour l’instant, cette dernière était au téléphone, se plaignant sans doute du peu d’allocations qu’elle percevait malgré la fortune de son défunt mari qu’elle n’avait cessé de tromper dans son jeune temps, néanmoins si elle croisait son regard et la reconnaissait, elle viendrait lui taper la discussion, geindre de plus bel pour finalement lui annoncer qu’elle avait un petit travail de dernière minute demandé par l’ambassadeur lui étant destiné, gâchant par là son précieux week-end. Autant dire que ce programme n’enchantait guère la jeune femme qui trouva refuge dans le café. Elle attendit que la vieille bique s’éloignât avant de tourner les talons et contempler l’intérieur du commerce qui, en plein vendredi après-midi, grouillait de jeunes gens trop occupés à se raconter les derniers potins de la ville.

Norah s’engagea dans la file d’attente, ne se trouvant pourtant pas d’humeur patiente, avec l’espoir vain que, pour une fois, les serveurs se montreraient rapides. Alors qu’elle était à deux doigts de la crise de nerfs, elle vérifia le nombre de personnes qui se trouvaient devant elle et s’attarda sur une cascade de cheveux blonds qu’elle ne connaissait que trop bien. Ignorant les grognements de contestation de la part des gens qu’elle doublait, Craig se faufila jusqu’à la hauteur de la jeune femme en question et lui tapota discrètement sur l’épaule. Un grand sourire vint illuminer son visage lorsque cette dernière se retourna.


« Bien le bonjour mademoiselle Corleone ! »

Sa voix était chantante, comme à chaque fois qu’elle était en présence d’un ami. Elle remonta ses lunettes de soleil sur son crâne, dégageant les cheveux qui retombaient devant ses yeux, et l’embrassa sur la joue sans se préoccuper de défaire la pointe de rouge à lèvre qu’elle avait appliquée sur ses lèvres une heure auparavant.

« Comment vas-tu, depuis le temps ? »

Le dernier segment de sa phrase lui apparut déplacé tant cela était de sa faute, elle était trop occupée avec son travail pour les sorties et elle privilégiait souvent les soirées avec Jaden, mettant de côté ses autres amis. Mais trop tard, la bombe était lâchée et son sourire perdit de son intensité. Elle perçut une lueur mélancolique dans le regard de son amie d’université et s’en voulut davantage. Le fait que l’adolescent posté juste derrière elles dans la file d’attente se plaigne et demande à ce qu’elle reprenne sa place, attendant comme tout le monde, n’améliora rien.

« On t’a demandé quelque chose ? Ce n’est pas de ma faute si tu n’as pas d’ami à rejoindre, » siffla-t-elle avec un mordant qu’elle ne se connaissait pas. Elle reporta aussitôt son attention sur Alana, la questionnant du regard. Et si elle ne la considérait plus suffisamment amie pour lui permettre de doubler toute une file d’attente dans un café dans le but de la rejoindre ? Et si elle l’envoyait paître ? Et si elle avait d’autres projets dont Norah ne faisait définitivement pas parti. Et si...
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Lun 31 Mar - 21:18

Chaque matin, se réveiller avait quelque chose de pénible. Alana espérait si fort que l’heure indiquée sur son radio-réveil n’était qu’une illusion, qu’il lui arrivait de fermer les yeux tout en priant qu’il lui restait au moins deux bonnes heures avant de sortir de son lit et de vivre une véritable journée de cauchemar. Allez savoir pourquoi, ça ne marchait jamais. Une matinée banale, en se regardant dans le miroir de sa salle de bain elle se trouvait, comme toujours, hideuse et mal coiffée et aucun maquillage ni vêtement ne pourraient la rendre jolie. Cela dit il y a des jours où elle ‘moins moche que d’habitude’, seulement pas aujourd’hui.
Rien ne semblait valoir le coup de se lever, ni même personne. Aucun petit ami et ce depuis un bon moment et aucune réelle amie, juste des connaissances, les personnes que l’on croise souvent avec lesquelles on échange des banalités. Oui ses vieilles copines Norah et Jaden lui manquaient affreusement mais les contact étaient de plus en plus rares jusqu’à ce qu’il n’y ai plus rien. Alana s’en voulait, il y avait forcément quelque chose qu’elle ait dit oui bien fait pour faire fuir ses meilleures amis pour la vie comme elles le disaient si bien à la belle époque de l’ISP. Mais rien à faire, elle retournait ça des centaines de fois dans sa tête et la raison était toujours inconnue. Ou peut être que ça avait toujours été Norah et Jaden, Alana n’ayant été que la troisième roue du carrosse. Elle n’était pas aussi belle et intelligente que Norah, pas aussi drôle et énergique que Jaden.

Après un début de matinée des plus fatigantes, la jeune stagiaire profita de sa pause pour aller traîner au Red Neon, lieu sacré qu’elle trouvait apaisant. Dieu seul sait pourquoi car cet endroit était toujours plein de mondes et semblait attirait les emmerdeurs à toute heure. Evidemment, trop timide pour dire quoi que ce soit, Alana se contentait de la fermer, pensant que de cette façon elle ne s’attirerait aucun ennui. Le problème lorsque l’on ne dit jamais rien c’est qu’on vous prend pour une carpette et les gens qui vous bousculent ou vous pique votre place dans une queue est une chose qui arrive très souvent. Trop souvent. La vie ne réservait aucune surprise à la jeune Corleone.
Aucune, vraiment ?

Sans s’y attendre, trop absorbée par ses pensées, La jeune femme sentit quelque chose lui tapoter l’épaule. Quoi ? Quelqu’un voulait lui demander si elle voulait bien céder la place parce que soit disant il y avait urgence ? Ou alors un autre abruti dans le même genre ?
Non. La surprise était de taille car en se retournant, elle tombe nez à nez avec Norah Craig. Toujours aussi rayonnante, elle n’avait quasiment pas changée. Alana sentit son cœur battre à toute allure, les bons moments de l’ISP Lui revenaient en tête, la rencontre et tout le reste, le tout en quelques secondes tel un raz de marée. Au moins elle se souvenait son nom, tout espoir n’était pas perdu. La jeune Corleone, afficha un large sourire pour la première fois depuis ces derniers mois.


‘Norah Craig’ lança-t-elle toute souriante.

Il fallu à peine quelques secondes et quelques mots pour détruire le sentiment de bonheur qui venait d’apparaître en la jeune femme. Depuis le temps. Cette phrase était blessante à tel point que la brunette lui aurait lâché ‘on se connaît, non ?’ que cela aurait fait le même effet.
Que répondre à ça ? Non tout va mal, j’ai un job qui craint et une vie de merde.


‘Tout va merveilleusement bien.’ Quelle performance d’actrice, mentir aussi bien était un véritable don. ‘Et toi ? J’ai entendu dire que tu bossait dans la politique c’est bien ça ?’
Au fond, elle aurait voulu lui balancer ce qu’elle avait sur le cœur depuis tout ce temps mais devant elle, rien ne sortait. Tout était là en boule dans son estomac, elle n’arrivait pas à déterminer si c’était parce qu’elle ne voulait pas lui faire de la peine ou si elle ne le pouvait pas. Pourtant elle l’avait bien cherché, non ?
Et alors qu’un ado commençait à s’impatienter et qu’Alana elle s’apprêtait à calmer le jeu comme à son habitude. Voilà que Norah fit preuve d’un sacré courage remit en place l’imbécile avec perfection. Mon dieu qu’est ce qu’elle pouvait lui manquer….


‘J’ai… Je pensais t’appeler mais je me suis dit que… enfin tu voit…’



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Norah Craig
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Sam 5 Avr - 16:14

Norah était des plus heureuses d’être tombée sur sa vieille amie d’université. Certes, toutes deux avaient gardé contact depuis la fin de leurs études, toutefois leurs emplois du temps respectifs les avaient empêché de se retrouver aussi souvent qu’elles l’auraient voulu. Et l’adage loin des yeux, loin du cœur avait fait des siennes, mettant peu à peu terme à leur – jadis - indéfectible amitié. Jusqu’à maintenant, à la voir là devant elle, avec son regard de chien abandonné, Norah ne s’était jamais rendu compte à quel point elle lui avait manqué. Alana la posée, Alana l’éternelle gentille, Alana sur qui l’on pouvait toujours compter. Sa petite Alana.

L’épisode de « l’adolescent dérangé » passé, la jeune femme reporta son attention sur la blondinette, un nouveau sourire s’étalant sur ses lèvres. Elle ne songeait déjà plus à la tonne de boulot qui l’attendait ni à sa vie sentimentale réduite à néant. Il n’y avait plus que la charmante Corleone qui comptait à cet instant précis et, si cette dernière le lui permettait, elle rattraperait les derniers mois de perdus. D’un revers de la main, elle balaya sa dernière phrase. Il ne fallait pas qu’elle s’en veuille de ne pas avoir donné de nouvelles puisqu’elle non plus n’avait fait aucun effort de ce côté-là. En réalité, il valait mieux ne plus se préoccuper de ce qui était sans importance. L’essentiel n’était-il pas qu’elles fussent désormais réunies pour passer un moment à deux, entre amies ? Comme au bon vieux temps…


« C’est ça, en politique. En réalité, je bosse comme assistance de l’Ambassadeur des Etats-Unis. Un poste avec des responsabilités en veux-tu en voilà. » Elle leva les yeux au ciel comme si cela posait un quelconque problème. Ce qui n’était pas le cas puisqu’elle adorait grandement son travail. C’aurait été mensonge que de dire que, parfois, elle n’avait pas envie de claquer la porte, toutefois elle appréciait les échanges entre les « Grands » de ce monde, être au courant de ce qui se passait chez elle, de rencontrer la quasi-totalité des Américains venus faire un tour – plus ou moins long – à Amsterdam. Jamais elle n’aurait rêvé plus enrichissant. Et elle n’avait presque pas graissé de pattes pour parvenir à ce statut. Une grande première dans l’existence de Craig.

« Et toi qu’est… » Elle s’interrompit en rougissant instantanément. Et Alana ? Qu’est-ce qu’elle devenait ? Elle n’en avait pas la moindre idée, elle avait dû être au courant mais ça lui était complètement sorti de la tête. Quelle pathétique être elle faisait. Avec ça elle espérait remonter dans sa côte d’amitié ? Il lui semblait vaguement se souvenir d’un magazine, mais de quoi ? Plus elle prenait le temps de la réflexion, plus elle sentait le regard lourd – même s’il ne l’était pas réellement – de Corleone. Elle baissa la tête, honteuse comme une collégienne prise en flagrant délit de non devoirs faits. « Je suis désolée mais je ne me souviens plus de ce que tu fais dans la vie. » Voilà, encore un exploit de Craig Junior, première du nom.

« Bonjour, qu’est-ce que je vous sers ? »

Norah se retourna vers la caissière qui souriait à pleine dent d’une façon on-ne-pouvait-plus commerciale. Prise entre sa discussion et ses réflexions, elle ne s’était pas rendu compte que, devant elles, la file s’était considérablement amoindrie, leur offrant la première place à la caisse. Comme quoi le resquillage n’avait que du bon. Elle s’écarta d’un pas sur la gauche pour laisser la place à Alana – après tout c’était à elle que revenait le mérite d’avoir faire la queue le plus longtemps –, la laissa commander avant d’à son tour commander un cappuccino. Voilà bien quelque chose qui n’avait pas changé malgré les cinq années écoulées.
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Lun 7 Avr - 0:46

Combien de fois avait-elle imaginé cet instant dans sa tête ? Bien sûr, Alana avait toujours été la fille la plus naïve qui existe mais penser que tout serait comme avant avec sa vieille copine ? Là c’était de la pure folie. Ou alors peut être à cause de sa solitude, ou mieux encore dirons-nous que c’est une jeune femme qui à beaucoup d’espoir. Elle tentait de sourire, de faire bonne figure et bien que ce soit une chose de plus en plus facile pour elle, La jeune femme semblait totalement incapable devant Norah. Incapable de lui sourire et de faire comme si de rien était… Non elles avaient été trop proches et au fond elle se fichait pas mal de son super boulot qui lui prenait un temps fou ou bien d’un éventuel petit ami – de ce côté là elle ne faisait que supposer, étant donné qu’elle ne connaissait pas la Norah qui se trouvait devant elle avec son sourire éclatant comme si elle faisait la pub pour un dentifrice.
Voilà qu’elle écoutait son amie lui parler de sa vie qui semblait tellement parfaite, sans même s’en rendre compte tant elle semblait faire passer ça pour quelque chose de banal, comme l’achat d’une nouvelle serpillière. De quoi agacer c’est certain. Mais c’est bien connu, Alana est une gentille, ne sait pas être méchante, alors Alana se mit à agir comme la bonne vieille Alana… Mentir pour ne pas froisser.


‘ J’ai toujours su.. Enfin ça ne m’étonne pas ce que tu es devenue. Tu es faites pour ça et…’ Elle marqua une pause comme si la suite de sa phrase était trop douloureuse et ne voulait pas sortir, tant elle regretterait sûrement de l’avoir dit. ‘Je suis fière de toi…’ La jeune femme secoua doucement sa petite tête blonde, un mince sourire aux coins des lèvres ‘C’est stupide, je sais pas pourquoi je te dis tout ça…’

Alors comme ça, Norah n’était pas au courant de la glorieuse vie de la jeune Corleone ? Pourquoi est-ce que cela ne l’étonnait guère ? Elle avait toutes les raisons d’être en colère, mais à croire que quelque chose devait vraiment clocher en elle, parce que sa seule réaction fût on ne peut plus douce ‘C’est pas grave. Tu n’es pas Wonder Woman après tout…’ Elle haussa les épaules, sans une once de colère sur le visage. Mais sa tristesse, elle, était plus que visible. ‘Je suis assistante au magasine Vogue. D’accord, ce n’est pas aussi prestigieux que d’être l’assistante de l’Ambassadeur mais il y a certains avantages.’ Une patronne tyrannique, des collègues mesquins et une bonne dépression, il n’y a pas à dire, elle avait là une vie de rêve…

Sans s’en rendre compte, voilà qu’elles étaient déjà devant la serveuse, alors qu’elle ne s’était même pas rendue compte qu’elle s’était déplacée durant leur petite conversation. Alana jeta un coup d’œil à la brunette, histoire de voir si elle avait l’intention de repartir tout de suite reprendre sa place dans la file ou bien rester et continuer de bavarder avec sa vieille amie. Ce que la jeune Corleone voulait ? A vrai dire elle souhaitait un peu les deux.


‘Je vais prendre un chocolat chaud’ fit-elle à la serveuse tout en lui offrant son plus doux sourire. Encore une fois, son regard se tourna vers Norah et sans vraiment comprendre elle reprit la parole à l’intention de la serveuse derrière le comptoir ‘Et un cappuccino s’il vous plaît’ Elle fronça les sourcils ‘C’est bien ça n’est-ce pas ?en s’adressant à son amie. Elle sortit l’argent de sa poche, n’ayant jamais été une adepte des sacs à mains, et paya les deux boissons et avec plaisir en plus.

‘C’est quand même pas compliqué de téléphoner non ? Je… Je t’avais laissé des messages et toi tu ne réponds même pas.’ Sans doute le contact avec son chocolat chaud, Alana faisait la preuve d’un courage inédit, sans être agressive mais sans être trop gentille non plus.



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Fabrizio Cominotti
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Mer 9 Avr - 18:44

Le souvenir est un parfum de l’esprit. La plupart du temps, il enrobe et embellit nos pensées. Toutefois, il arrive qu’il les submerge, qu’il devienne oppressant car insurmontable. Et dans ce cas précis, le seul moyen pour remonter la pente qu’est la vie, c’est de s’en séparer. Minotti l’avait comprit et expérimenté maintes fois. Il avait par exemple longtemps banni le souvenir de sa mère jusqu’à ce qu’il retombe sur une photo. Une photo qui avait complètement changé sa vision des choses. Auparavant, il n’avait jamais aimé cet art qui fige tout, y compris la réalité. En grandissant, il avait compris qu’il se trompait et que la photographie n’interrompait pas le présent ni même la vie. Elle inscrivait juste un instant dans l’éternité. La photographe, c’était un gage d’immortalité. Le portrait de sa mère ne le quittait plus. Il la sentait présente. Là. Où ? Juste là, près de lui. Avec lui. Après l’ISP, il avait réussi à ouvrir son album photos. Il avait fait le plein d’émotion. Et surtout, il avait compris qu’il ne devait plus fuir les objectifs. Durant ses nombreux voyages, il avait appliqué cette règle à la lettre. Sur les murs de sa chambre s’étaient ajoutés divers visages, divers paysages. La vie. Tout simplement.

Il pénétra dans le Red Neon et commanda un café avant d’apercevoir un visage familier. Impossible de passer à côté d’une telle blonde.
« Tu tombes à pic. Je viens de faire développer les photos d’Irlande ». Posté derrière une silhouette brune dont il avait à peine remarqué la présence - son enthousiasme le rendait souvent aveugle - les mains appuyées négligemment sur le siège de cette même brune, il afficha un sourire radieux. « Sans vouloir me vanter, elles sont superbes » renchérit-il en posant les deux pochettes sur la table, l’air triomphant, s’installant par la même occasion entre les deux jeunes femmes. Le visage complètement tourné vers Alana, il se rendit compte qu’elle l’observait d’une manière peu habituelle ce qui, naturellement, l’intrigua. « Quoi ? Fais pas cette tête là ! J’ai pas oublié ta commande, t’en fais pas. Tu voulais des falaises, des phares et la mer à perte de vue, tu vas être servie ». Rien à faire, elle avait toujours cette expression mi-alarmée mi-gênée. Il réalisa alors qu’il avait complètement oublié de saluer l’autre jeune femme. Sa main vint donc se claquer contre son front avec culpabilité.

« Quel idiot. Désolé, j’étais tellement obnubilé par mes photos que je ne vous ai pas - »

Pause. La main qui venait de frapper son visage glissa dans ses cheveux, troublée.

« Oh »

Nouvelle pause.

« Norah »

Oh my god. Elle. Ici. Non. Pas possible. A l’aide. Au secours.

« C’est… »

Tant bien que mal, il parvint à dissimuler sa confusion et se força à la regarder droit dans les yeux, sans fléchir, avec ce regard qui veut tout dire et ne rien dire à la fois. Avec ce sourire mi-surpris mi-crispé. Sa volonté devait être plus forte que la réalité. Elle devait croire en sa neutralité. Croire au fait que la revoir n’était qu’un banal évènement sans la moindre importance et surtout sans la moindre conséquence. L’ennui c’est qu’il n’était plus l’acteur d’antan. Intérioriser, il savait faire. Ça faisait parti de lui. Mais mentir, non. Les rôles avaient changé. Il n’était plus le chasseur, le dominant au caractère impassible. Il était le gibier, torturé de l’intérieur par une foule d’interrogations. Un seul de ses regards avait suffi à le troubler. L’apparition de Norah avait eu l’effet d’une balle de plomb en plein cœur. Sauf qu’il n’en était pas mort. L’espace d’un instant, il aurait pourtant préféré l’être car quitter la vie ce n’était rien comparé à la douleur qu’il ressentait à présent. Ce n’était rien comparé à la fléchette aiguisée qu’elle venait de planter dans son cœur comme s’il en était la cible.

« Enfin, au moins je n’ai pas besoin de me présenter ni même de m’excuser. Vous me connaissez assez toutes les deux pour savoir que je n’ai jamais suivi les règles de bienséance »

Et subitement, il eut un doute. Un doute effroyable. Son regard se déroba. S’il avait foi en Alana - ils se fréquentaient depuis un bon bout de temps maintenant - il ne pouvait guère faire de pronostics concernant Craig. Après tant d’années, se souvenait-elle encore de lui ? Se souvenait-elle encore de son caractère fougueux? Se souvenait-elle encore d’eux ? Se souvenait-elle encore de ce ‘nous’ fugace auquel il avait cru ?
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Norah Craig
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Sam 19 Avr - 18:33

Loin de panser les blessures, comme l’énonçait un vieil adage, le temps préférait apparemment faire plus de mal que de bien. Face au visage plus interrogateur que méprisant de sa vieille amie, elle ne savait que dire, que penser. Certainement, elle n’était plus la Miss Craig bien sous tous rapports des années université et bien qu’elle fût toujours aussi agréable à vivre, souriante et aimable, elle était au courant qu’elle avait changé au plus profond d’elle, modifiant radicalement les priorités de sa vie. Alana avait été une victime de ce grand nettoyage puisqu’elle ne faisait plus partie de ses amis les plus proches, Norah ne l’avait pas pour autant oubliée, cela aurait été trop difficile à cause de la place trop importante qu’elle avait tenue dans sa vie. Elle avait simplement laissé le temps faire son affaire, les éloignant alors un peu plus chaque jour. Jusqu’à présent elle ne pensait pas que cela aurait présenté un problème. La jeune Corleone avait toujours été très compréhensive et trop gentille pour faire la moindre remarque. Là encore, le temps avait provoqué certaines métamorphoses, lui offrant d’un coup le courage qu’elle n’avait jamais explicitement montré durant les cinq dernières années qui s’étaient écoulées. Et depuis quand préférait-elle le chocolat chaud à un bon cappuccino crémeux ? Tant de choses avaient changé, alors que des années auparavant il lui semblait, à chaque échange avec la blondinette, se retrouvait face à son reflet dans le miroir, aujourd’hui tout était différent.

« Je suis désolée… » Elle baissa la tête pour admirer ses mains en train de se tordre sous la table à laquelle les deux étaient désormais installées. Elle ne se sentait pas capable d’affronter son regard lourd de reproches, elle en avait déjà assez goûtés ses derniers mois. Finalement elle dissimula sa lâcheté par un regard navré. « Je sais que je suis impardonnable. J’ai bien eu chacun de tes messages, je voulais te rappeler mais à chaque fois la paresse prenait le dessus en me murmurant que demain il serait encore temps… Je ne cherche pas à me justifier, je sais que je ne le peux pas. » Elle eut envie d’ajouter que cela ne comptait plus étant donné qu’elles étaient désormais l’une en face de l’autre, une fois encore le courage l’abandonna et elle porta son attention entière sur sa tasse fumante. Elle avait mérité ce changement de tempérament, si quelqu’un devait subir la colère inattendue d’Alana, il ne pouvait en être autrement.

Lorsqu’elle se décida enfin à relever la tête, elle but une longue gorgée du breuvage fumant puis chercha le regard de la jeune Corleone qui était perdu un peu au-dessus de sa tête. Cette attitude lui tira un froncement de sourcils. Alors elles en étaient là ? A juste supporter la présence de l’autre sans chercher à discuter, à retrouver la complicité qui leur manquait tant à toutes deux ? Face à ce manque soudain d’intérêt, Norah s’en voulut davantage de s’être montrée aussi mauvaise amie, elle n’eut plus qu’une seule envie : terminer son cappuccino d’un trait – le laisser perdre aurait été un véritable gâchis – et s’enfuir en courant hors du café. C’était là quelque chose qui la caractérisait de plus en plus, une lâcheté grandissante, une capacité à prendre le large avec une aisance déconcertante. Elle avait compris que se battre pour garder la tête haute était des plus avantageux, en théorie. Toutefois la pratique se révélait beaucoup moins évidente. Ce sentiment de ne pas apparaître être à sa place ne fit que se renforcer lorsqu’un troisième larron – de sexe masculin – vint rejoindre la tablée à l’ambiance tendue.

Elle sirotait une nouvelle rasade du café italien, qu’elle comptait bien être l’une des dernières, lorsque la voix du jeune homme ralluma en elle une étincelle éteinte depuis longtemps. Le liquide lui brûla la gorge d’une façon dont elle n’avait pas l’habitude, lui donnant soudainement envie de vomir tout ce qu’elle avait ingurgité dans la journée – autrement dit, pas grand-chose. Son estomac se retourna une fois, deux fois, tandis que ses doigts se crispaient sur l’anse de la tasse qui menaçait de se détacher de son support. Anxieuse la miss Craig ? Pas le moins du monde. Etonnée tout au plus. Qu’on lui annonçât la résurrection de son paternel l’aurait moins surprise…


« Fabrizio, » commença-t-elle comme un écho à son propre prénom. Elle releva la tête vers lui et esquissa un sourire neutre mais toujours amical – une de ses spécialités –, bien décidée à ne pas laisser transparaître le moindre signe de désarroi. Il ne fallait aucunement qu’elle se montre déstabilisée. Elle ignorait encore pourquoi, seulement elle ne souhaitait pas prendre le risque de se montrer vulnérable, elle l’avait assez été lors de leur dernière discussion. Sous l’effet d’une force qu’elle ne se soupçonnait pas, elle reprit avec une voix chaleureuse : « Ne t’inquiète pas, je comprends. » Phrase purement inutile, elle en était consciente. Seulement que pouvait-elle bien dire d’autre alors que sa gorge était terriblement sèche et qu’articuler le moindre son était un supplice ? Oh, bien évidemment, elle s’était attendue à ces retrouvailles, tôt ou tard elle savait que leurs chemins devaient se recroiser. Mais pas comme ça, pas ici. Elle les avait imaginé plus âgés, chacun avec une belle vie qui se terminait, se remémorant leur passé commun et argumentant sur ce que leurs existences auraient pu être s’il en avait été autrement, si elle ne l’avait pas rejeté, s’il n’avait pas pris la poudre d’escampette. Elle était encore trop jeune pour répondre à toutes ces questions, pour lancer des hypothèses futiles sur une possible histoire qui s’avérait devoir être encore écrite.

Pour garder un maximum de calme et sérénité, Norah tourna la tête vers Alana qui demeurait toujours interdite. Elle avait été l’un des témoins directs de l’aventure « Craig-Cominotti » avec Jaden, ayant droit au plus petit détail de chacun de leurs entretiens, elle n’était donc pas sans savoir l’effet qu’il avait fait sur elle. Par souci d’intimité, Norah avait choisi de ne pas expliciter les divers sentiments qui avaient surgi du plus profond de son cœur, elle ignorait donc les conclusions que Corleone avait tirées. Dans tous les cas, l’atmosphère appesantie depuis l’arrivée de Fabrizio n’était pas pour dissimuler la foule d’émotions qui venait de ressurgir en elle, Alana avait eu cette capacité bien à elle de lire en ses amies comme dans un livre ouvert. Si, à l’image de son affection pour le cappuccino, ce trait de caractère avait pu disparaître, cela lui aurait été franchement favorable.
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Alana Corleone



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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Mer 23 Avr - 0:17

Cette mini crise de nerfs l’avait secouée, au point de sentir des frissons parcourir tout son corps et ce n’était pas vraiment une sensation des plus agréable bien au contraire. Alana ne savait pas si elle avait eu raison d’écouter son petit côté démoniaque, parce que jusque là ce côté était resté bien caché pendant des années alors qu’elle en avait eu besoin et là alors que sa meilleure amie, enfin plutôt ex-meilleure amie l’avait abordée, chose qu’elle avait souhaitée plus que tout au monde, elle l’accusait.
Alors c’était ça, la raison ? Le temps ? Elle n’avait tout simplement pas eu le temps de répondre à quelques messages, son temps devait être incroyablement précieux pour ne pas prendre deux petites minutes afin de signaler à votre copine d’université que vous allez bien. Pas besoin qu’elle lui détail sa vie en détail, ce qu’Alana voulait ce n’était que des nouvelles et peut être aussi prendre un simple café comme au bon vieux temps… Mais c’était sûrement trop demandé. Le Cappuccino la dégoûtait depuis, comme tout ce qui lui rappelait la jolie Craig.
Le regard de la jeune blonde se voulait froid et agressif, le genre qui voulait dire ‘tu as merdé et je t’en veux à mort’ seulement Alana n’était pas du tout programmée à faire ce genre de regard, non elle avait plutôt l’air de lui dire ‘tout est oublié et pardonné’ ce qui au fond avait l’air bien tentant. Et puis quoi ? Que se passerait-il si encore une fois elle agissait en carpette ? Deviendrait-elle à nouveau son amie ? Le cappuccino retrouverait-il ce goût si agréable ? Si seulement tout pouvait être aussi simple.
‘Ecoute, Peu importe. C’est arrivé et voilà, pas besoin de chercher plus loin… Notre amitié ne devait pas être aussi forte que je l’imaginais.’ C’était légèrement mélodramatique mais elle se sentait fière de lui avoir balancé ça tout en douceur.

Alors que la jeune femme priait pour un miracle, elle n’imaginait pas du tout que ce miracle se déplacerait tel un ouragan et qu’il aurait l’apparence de Fabrizio Cominotti. Oh Que Dieu le bénisse ! Pour une fois il tombait bien, avec son humour et sa tchatche légendaire il allait réussir à détendre cette atmosphère bien trop tendue. Alana afficha un large sourire qui s’effaça lorsqu’elle réalisa que ce bêta ne prétait aucune intention à la jolie brune assise en face d’elle. Elle ne voulait pas se l’avouer mais pendant quelques secondes, elle jubilait. Evidemment la nature de la belle blonde reprit le dessus et avec le plus de discrétion possible, elle lança des regards lourds de sens
‘Non, je… Ecoute et si on parlait des falaises, des phares et de la mer plus tard ?’
Et voilà, comme quoi il était vraiment tête en l’air, il réalisa de lui même qu’Alana n’était pas seule à sa table –pour une fois. Alors qu’elle commençait à ouvrir la bouche pour faire les présentations, elle la referma aussitôt lorsque les regards des deux individus se croisèrent. Tient, ils se connaissaient ? De l’ISP évidemment. Norah et Fabrizio. Minotti… Norah… Oh seigneur. Oh bordel. Oh bordel de merde. Il était le Fabrizio, il était son Fabrizio, comment avait-elle pût ne pas comprendre dès le début…

Se levant d’un bond, Alana voyait dans le regard de la belle brune qu’elle était chamboulée, elle avait toujours ce même regard. Peu de personnes pouvaient le voir parce que Norah savait cacher ses émotions mais on ne la faisait pas à la Corleone qui voyait tout.
‘C’est idiot mais il faut que je retourne bosser.’ Replacant une mèche de cheveux, elle lança un sourire chaleureux au jeune Italien. Norah elle n’y avait pas droit, en revanche elle allait avoir un bonus ‘Quand tu auras une explication un peu plus logique en ce qui nous concerne, appelle moi… Si tu trouve du temps évidemment.’
Et voilà. Rien d’autre à ajouter. Sur ce, elle tourna les talons, laissant ces deux personnes au passé chargé se retrouver.
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Fabrizio Cominotti
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Lun 28 Avr - 15:10

Leurs regards demeuraient figés, braqués l’un sur l’autre comme des pistolets qui s’enrayent, qui veulent se faire du mal mais qui ne possèdent plus une seule balle. Incapable de se détacher de ce qu’il croyait être une apparition - et que naturellement il ne voulait pas voir disparaître comme ça, en un claquement de doigt - Fabrizio se cramponna sur sa chaise, l’esprit visiblement ailleurs, et ce durant une période indéterminé. Une seconde ? Une minute ? Dix minutes ? Il n’en avait pas la moindre idée. Ses repères étaient faussés par des sentiments qu’il aurait préféré ne plus jamais soupçonner mais qu’il était bien obligé d’assumer, une fois encore. Ce lapse de temps avait pris des allures d’éternité. Ce qu’il redoutait le plus au monde refaisait donc surface sans qu’il puisse empêcher quoique ce soit. Allez expliquer à votre cœur qu’il ne doit pas battre aussi vite, vous. Allez convaincre vos iris de dévorer une autre femme des yeux, vous. Essayez un peu pour voir. Et vous verrez. Vous verrez le calvaire que c’est d’aimer quelqu’un qui ne vous aime pas, qui ne vous a jamais aimé et surtout, qui ne vous aimera jamais. D’aimer quelqu’un coûte que coûte alors que vous auriez pu reconstruire votre vie avec une autre. D’aimer encore et toujours cette même personne, pour la vie, en sachant pertinemment que vous n’avez aucun avenir ensemble. Essayez un peu, vous, juste pour voir. Et vous verrez.

[Flash-Back]


Main dans la main, Hailey et Fabrizio se baladaient tranquillement dans les rues d’Edimbourg, sans but précis, si ce n’est peut-être celui de prendre du bon temps ensemble, à parler, à rire, à vivre tout simplement. Soudain, la brunette s’immobilisa devant une vitrine.

« Fabrizio » fit-elle sur un ton on ne peut plus solennel. « Ecoute, je sais que - »
« Non, tu ne sais pas » rétorqua-t-il immédiatement en apercevant les robes de mariées juste derrière elle.
« Je veux fonder une famille avec toi, me marier avec toi, passer le restant de ma vie avec toi, alors ne me dis pas que je ne sais pas. Le mariage, après tout, ça ne signifie rien »
Il demeura un long instant silencieux mais ne la quitta pas des yeux. Sa déclaration - joliment improvisée, il faut bien le reconnaître - n’avait eu d’autre effet que celui de le transformer en pierre. A chaque fois qu’il était question d’engagement, quelque chose en lui se bloquait. Il redevenait alors le Minotti implacable, insaisissable, inaccessible comme si quelque chose - quelqu’un ? - l’empêchait d’appartenir à qui que ce soit. « Je ne peux pas » souffla-t-il faiblement, presque honteux.
« Mais enfin… Pourquoi ? Il y a une autre fille, c’est ça ? »
« Non, bien sur que non. Arrête, jamais je ne te tromperai. C’est juste que je suis pas prêt, tu comprends ? »
« Non »
« Ecoute, j’ai peur de pas faire le bon choix »
« Donc tu hésites. Donc il y a quelqu’un d’autre »
« Je ne vois personne d’autre j’te dis ! » reprit-il en haussant légèrement le ton, avant de fourrer ses mains dans ses poches. La fidélité était un sujet délicat. Il n’aimait pas être mis sur le banc des accusés sans raison valable. « C’est juste un souvenir, un fantôme qui - »
« … gâche notre futur » conclut-elle à demi-mot, sa voix s’étouffant dans un sanglot douloureux.
« Hailey ». Il posa sa main sur son épaule, essayant tant bien que mal de rattraper sa maladresse. En vain.
« C’est rien. J’ai compris » lâcha-t-elle en essuyant d’un revers de manche les larmes qui envahissaient peu à peu ses joues. Et sans lui laisser la moindre chance - elle savait pertinemment que même en lui laissant du temps, jamais il ne cesserait d’être hanté par son passé - elle se volatilisa dans la foule de passants qui parlaient, riaient, vivaient tout simplement. Et lui, dans tout ça, qu’était-il ? Un étranger. Il ne parlait pas, ne riait plus, et n’avait jamais réellement vécu.

[Fin du Flash-Back]


Sauf avec elle. Sauf avec Norah Craig. A chaque fois qu’il se trouvait en sa présence - malheureusement, c’était chose rare ces derniers temps - il se sentait exister. Il devenait quelqu’un. Quelqu’un de bien. Sans le savoir, elle l’avait appelé - conduit ? - dans le droit chemin parce que lui savait que s’il était aujourd’hui Fabrizio Cominotti, brillant professeur de l’ISP, c’était parce qu’il avait croisé sa route. A elle. Et qu’elle lui avait donné cette envie folle d’être digne d’une fille aussi parfaite qu’elle. Il s’était convaincu que peut-être un jour il égalerait les performances de Mister Galloway en matière de ‘perfection’. Il devait bien le reconnaître, il avait encore beaucoup de boulot devant lui mais il n’était pas homme à se laisser abattre pour si peu. L’ennui c’est que, même si une partie de lui n’avait jamais cessé d’espérer revoir le visage de celle qui avait emprisonné son cœur, jamais il n’avait cru une seule seconde que tout ceci deviendrait réalité. Jamais. Il se sentait complètement perdu, comme un touriste qui débarque à Tokyo et une fois encore, pas prêt. Pas prêt du tout à l’affronter. Encore moins si Alana décidait de prendre la poudre d’escampette !

« Non, tu - »

Il n’eut pas le temps d’en dire plus. Alana régla ses comptes avec Norah, lui faisant brusquement réaliser qu’il avait raté un épisode de leurs vies respectives. Où était donc passée leur amitié légendaire ?

« Alana attends, tu veux que - »

La silhouette de la blonde s’éloigna avant de disparaître dans la foule de passants, à l’extérieur du café. Comme Hailey. Fabrizio demeura sous le choc un court instant - cette garce de blonde l’avait laissé en proie aux griffes Craigiennes, elle le paierait ! - avant de baisser les yeux en direction de sa boisson, l’air renfrogné. « Il faut le faire quand même pour mettre Corleone dans tous ses états » lâcha-t-il en raclant légèrement la gorge, se décidant tout de même à rompre le silence pesant qui s’était installé entre eux, non sans surprise. « J’suis sérieux. Ça fait des années que je la fais chier mais elle m’a jamais parler sur ce ton ». Il fronça légèrement les sourcils. « C’est quoi ton secret ? ». Et puis soudain, il aperçut la petite mine que faisait Norah. Il comprit qu’il n’arrangeait strictement rien à la situation et que même s’il lui en voulait encore de s’être brillamment servi de lui, elle ne méritait pas qu’il crache son venin de cette manière là. Son regard se fit plus embarrassé. Il n’avait pas à sa mêler de ses affaires. Ni même de sa vie. Il n’en faisait pas parti.

« Excuse moi » souffla-t-il avant de récupérer les photos qu’Alana avait laissé sur la table. « J’ai gardé ce cynisme pas drôle du tout comme tu peux le voir ». Il esquissa un léger sourire, crispé, évitant soigneusement le regard de la brunette mais là encore, il sentit la peine - le malaise ? - de la jeune femme. Son regard dévia dangereusement vers le bras puis la main de la demoiselle mais il abandonna rapidement l’idée du moindre contact corporel. Autant signer son arrêt de mort sur le champ. « Tu sais, si elle s’énerve autant c’est qu’elle tient beaucoup à toi » conclut-il en plantant timidement ses yeux dans les siens, sur un ton qui se voulait ni moralisateur ni compatissant, juste honnête.


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Norah Craig
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Mar 29 Avr - 18:56

« Notre amitié ne devait pas être aussi forte que je l’imaginais. » Norah reçut cette phrase comme un uppercut direct en plein dans l’estomac. Bien qu’elle fût loin d’être le genre de personne émotive à souhait, dont la tristesse était perceptible à des kilomètres à la ronde à la moindre contrariété, elle éprouva un mal terrible à contenir les larmes qui lui montaient désormais aux yeux. Elle baissa son regard vers ses mains qui entouraient toujours sa tasse, ne pouvant supporter celui de la jeune blonde. Qu’était-elle devenue en cinq années pour que l’une de ses meilleures amies, avec qui elle avait partagé les moments les plus agréables de sa vie ainsi que ses secrets les plus intimes, lui tournât ainsi le dos ? Une pimbêche à la côte de popularité grandissante qui ne supporta pas ce statut, sans doute. Elle était comme ses stars de cinéma – à plus petite échelle – qui reniaient famille et amis la célébrité venue. Elle était ce qu’elle détestait. Et Alana avait raison de lui renvoyer cette image si désagréable d’elle. Même si cela se faisait dans la douleur. Elle l’avait mérité. Désormais, Craig ne regarderait plus le reste de ses connaissances du même œil, elle ne jurerait plus que par l’honnêteté, histoire de repartir sur de bonnes bases. Si cela fonctionnait et s’avérait payant, alors elle utiliserait cinq infimes minutes de son temps pour composer le numéro de la jeune Corleone et la remercierait pour tout, la supplierait à genoux de la pardonner. Et elle verrait par la suite. Le temps, elles avaient encore du temps devant elle pour réécrire leur amitié.

A croire qu’elle n’avait pas appris la leçon qu’on lui avait enseignée cinq années auparavant. Alors qu’elle avait pensé avoir tout le temps pour apprendre à connaître Fabrizio Cominotti, pour se débarrasser de l’étiquette qu’il lui avait forcée à coller sur son dos, celui-ci s’était éclipsé un beau matin sans l’ombre d’une explication. Enfin si, elle avait été suffisamment intelligente pour rassembler les morceaux, de mettre en place le peu de discussions qu’ils avaient eu, et s’était rendu compte que, là encore, tout avait été sa faute. Elle l’avait obligé à fuir, à dire adieu à son avenir à l’ISP, à cause de son manque de confiance en elle, à cause de son cœur de pierre. Elle qui avait pensé que sa vie s’était finalement goupillée de façon telle qu’elle avait tout ce dont elle désirait, elle se retrouvait face à la vérité, cruelle et fatale : en réalité, elle n’avait rien d’autre qu’une succession d’illusions perdues. A quoi bon la réussite professionnelle sans amis avec qui en profiter ? A quoi pouvait bien rimer le fait d’avoir un compte en banque des plus confortables si personne n’était là pour le partager ? Déviant son regard de l’Italien vers la blonde, Norah pinça les lèvres dans une expression neutre au possible. A l’intérieur elle avait beau hurler de tout son soûl, elle ne s’autoriserait aucun faux pas pour leur montrer à quel point elle était brisée. Son réveil avait été joyeux, promesses d’une journée ensoleillée, si elle avait su par avance son déroulement, elle aurait éteint la machine infernale pour signer un sommeil de douze heures de plus.

Norah regarda son – ancienne ? – amie s’éclipser sans la saluer ni même rassembler la force nécessaire pour lui adresser un sourire poli. Les derniers mots qui lui avaient été adressés étaient encore difficiles à digérer. La brune n’était pas du genre rancunier, elle avait plutôt le pardon facile, toutefois il fallait veiller à ne pas pousser le bouchon trop loin, ce qu’Alana venait justement de faire. Etrangement, le temps qu’elle songeait jusqu’alors à lui consacrer redescendit brusquement à trois minutes. Elle prit une longue inspiration avant de, finalement, se décider à regarder son nouvel interlocuteur. Elle esquissa un sourire crispé, peu apte à relever la plaisanterie Minottienne – qui, même si elle se jurait le contraire, lui avait affreusement manqué – et porta sa boisson à ses lèvres, agrandissant encore et encore le temps avant qu’elle ne soit obligée de lui répondre.


« Je le vois, en effet, » lâcha-t-elle d’un ton plus sec qu’elle ne l’aurait voulu lorsqu’il eut terminé son petit monologue. Elle soutint son regard et sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Stupide, stupide, trois fois stupide ! Il ne cherchait qu’à se montrer gentil à son égard et elle l’envoyait sur les roses. En matière de relations intersexuées, elle n’avait décidément pas changée. « Je ne pense pas, » reprit-elle d’une voix plus douce, teintée d’une tristesse palpable. « Je sais que le temps affecte les tempéraments, mais jamais je ne l’aurais cru capable d’autant de franchise méchante. » Cela n’en restait pas moins que de la franchise, tout de même.

Elle termina, la gorge serrée, son cappuccino qui avait pris un goût plus amer depuis le départ déraisonné d’Alana et la chaleur qu’il dégagea dans tout son corps eut un effet réconfortant. Elle rouvrit les yeux sur son existence et le fait qu’elle n’était pas si seule. Il y avait Jaden, Juliet, Ava, ses collègues de bureau et bien d’autres encore. Elle était pleine de ressources et ne laisserait personne la rabaisser sans son autorisation. Que Corleone aille au Diable avec ses remontrances à la noix, elle non plus n’avait pas été si pressée que cela de donner des nouvelles – car quiconque voulait, pouvait – de plus, si elle cherchait à déverser son venin de femme non épanouie, qu’elle se trouve une nouvelle cible, Norah ne jouerait plus ce rôle.

Passant une main dans ses cheveux pour remettre une mèche dans le rang, elle fronça les sourcils et se pencha légèrement par-dessus la table pour désigner d’un geste du doigt le paquet que Fabrizio tenait entre ses mains.
« Je ne savais pas que tu t’intéressais à la photographie. » Comme si elle avait été au courant de quoique ce soit sur sa vie, hormis sa passion pour le base-ball. Elle lui adressa un sourire intéressée et tandis sa paume vers lui. « Je peux y jeter un œil ? »

Autant commencer par une discussion basique, non ?
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Ven 2 Mai - 17:03

« C’est une fille » souffla-t-il sur un ton des plus fatalistes, alors que son menton venait se poser sur sa main. « Oh je sais ce que tu penses » fit-il en levant légèrement l’autre main afin de l’empêcher de le couper dans son raisonnement. « Olalalala, Minotti est toujours aussi macho ». Il avait volontairement pris une voix et des mimiques féminines espérant ainsi rendre plus crédible son imitation - qui soit dit en passant ressemblait plus à une caricature qu’à autre chose. « Mais si tu y réfléchis cinq minutes » reprit-il sur un ton plus sérieux. « Tu réaliseras que la méchanceté verbale est vraiment une caractéristique féminine. Nous on utilise nos biscotos pour faire mal, vous, votre langue ». Pause. « Vous êtes douées à ce petit jeu là. Et je dois bien avouer qu’à force de me fréquenter, Alana s’est bien améliorée en la matière » conclut-il le regard dans le vide, perdu dans ses pensées. Il réalisait que la violente altercation orale à laquelle il avait assisté quelques minutes plutôt n’était - probablement - que le fruit d’une fréquentation excessive de lui-même, l’homme qui murmurait à l’oreille des femmes - et surtout à celles d’Alana - de s’assumer, de toujours clamer haut et fort ce qu’on pense tout bas, quitte à blesser la personne d’en face.

Et le pire dans toute cette histoire, c’est que la blondinette avait quitté les lieux sans préavis, décuplant ainsi son embarras : il se sentait responsable de leur conflit - si Alana avait gardé les traits de caractère de la barbie adorable qu’elle était jadis rien de tout ceci ne serait arrivé - et se retrouvait dans une position on ne peut plus délicate, non pas que les chaises du café ne soient pas confortables mais plutôt que l’optique d’un tête à tête avec le bourreau de son cœur l’intimidait grandement. Pourtant il avait maintes et maintes fois imaginé la scène. A chaque fois, il faisait preuve d’un sang froid redoutable : pas de sourire, pas de regards équivoques, rien. Enfin si, juste de l’amertume, crachée à flot par sa bouche triomphante. Mais maintenant qu’elle se trouvait réellement devant lui, en chair et en os, il n’y avait plus personne. Le dialogue - en fait, c’était surtout un monologue - qu’il avait méticuleusement mis au point, par avance, dans sa tête s’était volatilisé à la seconde même où il avait croisé son regard de biche. Ses projets rancuniers ? Envolés eux aussi.

Une seule chose demeurait intacte : ses sentiments. Cette flamme qui le consumait déjà à l’époque en sa présence ne s’était ni affaiblie ni accentuée. Elle avait embrasé la torche qu’était sa vie avec la même ardeur qu’aux premiers jours comme si elle n’avait jamais cessé de croire en ces retrouvailles inopinées. Durant ces cinq longues années, Fabrizio s’était efforcé de l’étouffer. Il avait tout fait pour : quitter la ville, trouver un métier passionnant qui l’empêcherait de penser 24h/24 à ce visage angélique et même reconstruire sa vie avec une autre ou plutôt avec d’autres car à chaque fois il rencontrait le même souci : l’engagement. Ce mot lui avait toujours posé problème, plus encore après son‘expérience’ avec Norah. Il était dans l’incapacité totale d’aimer pleinement, de certifier pour la vie sa présence. Avec le temps - et surtout l’aide de sa dernière copine en date, Hailey - il avait fini par comprendre ou plutôt accepter que, tout comme pour sa mère, il n’avait jamais réellement fait le ‘deuil’ de Norah.


« Oh tu sais, ce sont vraiment des photos d’amateur » concéda-t-il sur un ton hésitant, le regard fuyant, comme s’il cherchait à garder ses distances. C’était probablement le cas. Elle lui avait fait tellement de mal qu’une partie de lui ne pouvait pas s’empêcher de rester méfiant, coûte que coûte, tandis que l’autre l’encourageait à lui renvoyer la balle sans se retrancher derrière cette carapace qu’il avait lui-même construit. Il se sentait tellement tiraillé qu’il avait presque l’impression de sentir un petit diablotin et un petit ange s’agiter au dessus de ses épaules. « Je les montre à Alana uniquement parce qu’elle rêve de voyager et … ». Il resserra un peu le paquet contre lui et son regard se posa sur la main grande ouverte qu’elle lui tendait. Il déglutit difficilement comme un enfant à qui l’on demanderait de traverser un pont instable, pas sécurisé. C’était comme un premier pas. Comme une première fois. Symbolique. « Bon ça va, t’as gagné » fit-il en plantant ses yeux dans les siens l’air de rien, comme si ce geste ne lui coûtait rien. Il déposa le paquet dans les mains de la jeune femme ; c’était sa vie qu’il lui confiait. Et il réalisa bêtement que c’était une première fois. Pas n’importe laquelle. C’était la première fois qu’il se mettait en danger par amour, qu’il osait, parce qu’après tout, elle était la seule à en valoir la peine.

« Sur la première, l’écrevisse c’est moi » renchérit-il en avançant sa chaise vers elle, effleurant innocemment - hum - sa cuisse au passage. Il laissa échapper un rire lumineux - elle ne le verrait pas forcément sous son meilleur jour sur ces images - et se tourna vers elle, le regard pétillant. « J’ai pris un coup de soleil dès mon arrivée » commença-t-il à expliquer, en espérant qu’elle ne remarquerait pas la présence régulière d’Hailey sur les photos. « Ouais je sais, c’est bizarre. Il faut croire que ma peau n’est plus Sicilienne ». Il se stoppa brutalement, son pays le renvoyant inéluctablement à son foutu père, et il fut contraint de baisser les yeux. Depuis combien de temps n’avait-il pas mis les pieds là-bas ? Trop longtemps. Sa terre natale lui manquait terriblement mais il n’arrivait pas à faire ce premier pas, le même qu’il avait fait pour Craig, parce que malheureusement il n’aimait pas - plus, en tout cas - son paternel. « Bref » reprit-il en souriant, histoire de lui faire oublier son moment d’égarement. « Il faisait tout gris alors j’me suis pas protégé, et voilà le résultat. Oh, et là, c’est le phare le plus grand d’Europe. Je devais y monter mais il y a eu une alerte, une tempête je crois, alors ça a été annulé ».

Il l’observa du coin de l’œil, jouant la carte de la discrétion mais finit par se retourner complètement vers elle. Son sourire s’étirait à mesure que son regard chocolaté détaillait les traits de son visage. Il avait presque oublié combien elle n’était que douceur et poésie. Ses cheveux semblaient plus doux encore que la laine d’un mouton et sa bouche - même fermée - diffusait une mélodie qu’il connaissait par cœur, à force de l’avoir écouté. Lorsqu’elle se tourna vers lui, il fut surpris et ajouta sur un ton taquin, en guise de ‘pseudo justification’. « Je vérifiais juste que tu ne t’étais pas endormie. Après tout, tu as toujours trouvé mes histoires soporifiques ». Il faisait bien évidemment allusion à cette nuit qu’ils avaient passé ‘ensemble’, une nuit étrange qui l’avait marqué à tout jamais : pas parce qu’elle s’était assoupie alors qu’il lui contait l’histoire de la meilleure équipe de base-ball au monde - quoique - mais parce que c’est cette nuit qui avait tout changé. Il espérait qu’elle s’en souviendrait. Elle n’en tirerait pas la même signification, c’est sur - Minotti demeurait intimement persuadé que le cœur de Craig battait pour Galloway - mais au moins, elle n’aurait pas oublié cette nuit décisive. Au crépuscule il était encore dans le flou le plus total. A l’aube, il n’avait plus le moindre doute. Et depuis, cette certitude ne s’était jamais évanouie. 
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Norah Craig
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Sam 10 Mai - 14:02

« Toutes les filles ne sont pas comme ça, » répliqua-t-elle avec un haussement de sourcils. Elle détailla Minotti du regard alors que lui semblait la fuir, comme quoi rien n’avait changé en cinq ans. « Il y en a qui arrivent à faire du mal même sans prononcer la moindre parole… » Elle était la principale visée par ces mots. Leur dernière entrevue en avait été le parfait exemple. Elle se souvenait encore de l’air perdu de Fabrizio alors qu’il lui déballait ses quatre vérités alors que jamais au grand jamais il n’avait été plus explicite avant cela. Sur le coup, elle n’avait pas tout saisi, troublée à l’extrême ; et même après avoir eu cinq longues années pour y réfléchir, il lui restait tant de questions sans réponses. Désormais il était là, face à elle, détenant les secrets de leur relation qui n’avait jamais vu le jour, et elle était incapable de lui en parler, de faire le premier pas pour quémander les explications qui lui permettraient de repartir du bon pied et d’aller de l’avant.

Et s’il était resté ? S’il n’avait pas pris la poudre d’escampette après lui avoir sorti son discours aussi étrange que séduisant ? Elle n’avait jamais songé – enfin, pas jusqu’à ce fameux soir – que quelque chose puisse se passer entre eux. Trop différents, trop libres, ils n’auraient jamais pu s’entendre, le début de leur relation en avait été le parfait exemple. Il la considérait comme inaccessible, il n’était que futile et inintéressant à ses yeux à elle. La magie n’avait pas opéré dès le premier regard alors Norah s’était persuadée qu’elle n’arriverait jamais. Se rapprocher de Matthew l’avait encouragé dans cette voie, elle avait fait taire cette petite voix qui lui intimait de laisser sa chance au petit Sicilien qui ne l’a laissée plus si indifférente. Elle avait refusé de l’écouter, trop têtue pour changer ses habitudes alors ; elle n’aurait pas supporté de s’accrocher au bras d’un homme qui était connu pour ses frasques nocturnes et sa prédisposition à briser les cœurs, le sien était déjà suffisamment démoli. Pourtant la déclaration qu’il lui fit par la suite changea la donne. Elle n’eut jamais l’opportunité de lui répondre, ni même de réfléchir à ce qu’elle aurait pu lui annoncer en retour. S’il était resté ? Aurait-elle abandonné sa peur panique des hommes pour s’attarder auprès de lui ? Leur histoire aurait-elle pu s’écrire comme un conte de fées ?

Un sourire franc et sincère étira ses lèvres lorsque Minotti laissa tomber les armes et lui tendit le paquet de photographies. Leurs mains s’effleurèrent, faisant considérablement monter le rythme cardiaque de la jeune femme. Cette dernière se concentra sur les clichés aux couleurs chatoyantes, principalement des paysages. « Jolie couleur, » plaisanta-t-elle devant un Cominotti brûlé par les rayons du soleil – la Sicile, c’était où déjà ? – toutefois son sourire perdit en intensité à cause de la jeune femme qui se tenait – trop – souvent près de l’Italien. Elle passa quelques photos plus rapidement que d’autres pour vérifier ce qu’elle sentait déjà : il s’agissait ni plus ni moins de sa petite amie. Les questionnements oppressants prirent soudain de la distance. Voilà qui simplifiait les choses. Il n’était plus « disponible sur le marché » - comment avait-elle pu croire qu’après tout ce temps il serait resté célibataire ? -, il ne l’avait pas attendue. Logique. Elle n’avait été qu’une passade, un béguin adolescent qui n’était pas fait pour durer. Elle aurait dû le comprendre plus tôt. Toutefois, elle se rendait compte que si sa vie sentimentale à elle était aussi vide que le néant, cela était hypothétiquement en partie à cause du jeune homme qui se trouvait désormais à côté d’elle ? Si, inconsciemment, il était demeuré dans sa tête et dans son cœur depuis cette soirée sans jamais disparaître ? Il avait laissé une marque indélébile dans sa vie, de cela elle était consciente, mais si c’était bien plus profond qu’elle ne l’imaginait ?


« Pardon ? » Perdue dans ses pensées ainsi que dans la contemplation des prises de vue, elle ne suivait plus que partiellement le fil de ses descriptions. Soudain, elle percuta alors qu’un nouveau souvenir s’éveillait en elle. « Non, non. Bien sûr que non. » Elle sourit, un tantinet gênée. « Je trouve ça génial. D’avoir visité tant d’endroits aussi diversifiés, je me demande ce qui t’a poussé à revenir dans une ville comme Amsterdam. » Pas que la capitale néerlandaise fût inintéressante, bien au contraire. Seulement, Norah se posait la question de savoir si elle serait revenue après un tel voyage à travers le monde. « Et pour ma défense, je trouve qu’il est normal de s’endormir passé minuit, même avec un discours aussi passionnant qu’une biographie du base-ball comme musique de fond. » Elle lâcha un petit rire en souvenir de cette nuit passée ensemble, des heures de discussion durant lesquelles ils avaient fait plus ample connaissance, faisant passer Fabrizio du « bourreau des cœurs sans états d’âme » à « l’agréable étudiant plus profond qu’elle ne l’aurait cru ». Etait-ce à ce moment là que les rapports qu’elle entretenait avec lui avaient changé ? Bien sûr, il y avait eu ce faux baiser empli de vengeance qu’elle lui avait soutiré. Mais jamais elle n’avait agi de façon suggestive lui démontrant qu’elle ressentait quelque chose pour lui. Pourquoi s’était-il mis en tête qu’une quelconque aventure aurait pu avoir lieu ? Et pourquoi s’en préoccupait-elle autant ? Sans doute que le trouble dans lequel tous deux semblaient plongés était plus palpable qu’elle ne l’aurait imaginé.

« Elle est mignonne…, » lâcha-t-elle sur un ton détaché en s’attardant sur une photo de la brunette qui accompagnait Minotti sur bon nombre de clichés. Elle tourna sa tête vers le jeune homme avec un sourire franc pour prouver – en bonne comédienne qu’elle était – qu’elle était contente qu’il ait désormais une belle vie. Il le méritait. Au fond, il était quelqu’un de bien. Dommage qu’elle ne s’en soit rendu compte que trop tard.

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Fabrizio Cominotti
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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Dim 1 Juin - 18:14

L’idée qu’il puisse un jour devenir muet l’avait toujours terrorisé - ne pas muer aussi, mais pour d’autres raisons. Perdre la parole c’était perdre son identité. Minotti ne pouvait pas l’envisager. Parce que c’était un Sicilien et que les mots, tout comme l’inlassable mouvement de ses mains, constituaient le fondement même de sa personnalité ; n’y voyez pas là l’ombre d’un cliché, juste la vérité. Parler. Il ne savait faire que ça. Les mots piétinaient son cerveau comme le feraient n’importe quels chevaux au triple galop et ils finissaient leur course dans sa bouche, avant de se déverser à l’oral comme de l’eau qui coule à flot dans une douche, qui éclabousse cette même bouche. Sa voix ne trouvait que rarement le repos : des jolis mots, parfois faux, des gros mots, parfois sots, des mots, encore et toujours des mots, parfois trop.

En fin de compte, Norah était la seule capable de le faire taire. En sa présence, il ne trouvait plus le moindre mots. La salive trompeuse de la jeune femme avait éteint son cœur, ce flambeau pourtant si flamboyant. Le désespoir l’avait alors poussé à se faire l’architecte d’un discours, honnête et sincère pour une fois, un discours parsemé de mots doux qu’il avait gardé bien au chaud durant des années car jamais il n’avait rencontré quelqu’un digne de le mériter. De mériter ces mots. Ces mots qu’il maudissait. Ces mots qu’il lui avait craché à la figure comme l’on crache ses maux, il y des années. Parce qu’effectivement, c’était ses maux, aussi, qu’il lui avait craché à la figure. C’était sa douleur, sa peine, sa souffrance. Son mal. Ce jour là, Fabrizio lui avait laissé bien plus que des mots. Il y avait laissé sa peau.

Cinq ans plus tard, il semblait avoir fait moult progrès - la preuve, il était clairement en train papoter avec elle - si ce n’est dans le domaine sentimental où Craig gardait cette forme d’emprise sur lui. Il savait pertinemment à quoi ou plutôt à quelle scène sa subtile phrase faisait référence. L’ennui c’est qu’il peinait à l’interpréter. Ses propos étaient-ils le reflet d’une culpabilité ? C’est vrai qu’elle n’avait rien dit ce jour là. Elle n’avait rien dit parce qu’il n’avait pas voulu qu’elle prononce le moindre mot, parce qu’il savait que tout ce qu’elle dirait serait de trop, parce qu’il n’avait cherché qu’à être honnête, quitte à faire rougir ses propres pommettes. Il était parti avant qu’elle ait pu esquisser l’ombre d’une réponse parce qu’elle n’avait pas à lui répondre. Parce qu’elle en aimait un autre. Parce qu’il ne pourrait jamais égaler cet autre.


« Ce qui m’a poussé à revenir, » répéta-t-il finalement, évitant ainsi soigneusement le sujet presque « tabou » de leur ‘relation’ d’antan, ainsi que celui de cette foutue déclaration d’amour qui ne l’avait mené nulle part, en fin de compte. A cet instant précis, il planta ses yeux dans les siens, sans trop savoir pourquoi, lui qui ne faisait que fuir ses deux diamants chocolatés depuis le début. Peut-être parce que cela sautait aux yeux. Peut-être parce que cela sautait à ses yeux d’amoureux - à ses yeux amoureux - que la raison de sa présence ici se tenait là, assise juste à côté de lui. Peut-être parce qu’à ses yeux, c’était une évidence. Mais le lirait-elle dans ses iris meurtris ? « Eh bien le directeur de l’ISP est venu me chercher jusque dans les entrailles de l’Europe pour me proposer un poste ici » explicita-t-il finalement, par peur de se mettre à nu quant aux véritables motifs de son retour dans la capitale brumeuse.

« Un comble quand on connaît mon parcours. Je n’ai jamais été l’élève modèle ». Il esquissa un sourire nostalgique comme si l’ensemble de son parcours scolaire - aussi désastreux soit-il - lui revenait agréablement à l’esprit. « Au début j’ai refusé. Je ne voulais pas enseigner les langues anciennes comme on me les enseignait quand j’étais adolescent. Et de fil en aiguille, il m’a dit qu’il me laisserait beaucoup de liberté et … ». Il baissa légèrement la tête, le visage de son père s’incrustant une fois de plus - de trop - dans son esprit. « Enfin, disons qu’il a finit par trouver l’argument clé ». Il s’empressa alors de sourire, même si la fausseté de ce sourire ne tromperait personne, et reprit avec entrain. « Et puis, ni vu ni connu, Amsterdam me manquait. C’est toute ma jeunesse cette ville. J’en ai vécu des choses ici » conclut-il la tête ailleurs, sur un ton presque mélancolique. « Et toi alors, tu travailles où ? »

Il se redressa légèrement - la peur d’une trop grande proximité le poussant à se tenir presque bancal - et posa finalement son menton dans sa main, sans la quitter des yeux. L’espace d’un instant, il se dit qu’elle avait la chance de pouvoir exercer n’importe quel métier. Mais avait-elle pour autant trouvé sa voie, au même titre que lui avec l’enseignement ? « Non mais tu peux le dire, » lâcha-t-il finalement en s’appuyant contre le dos de sa chaise, alors qu’elle tentait de lui expliquer pourquoi elle s’était endormie le soir où il lui avait parlé de son équipe favorite de baseball. « C’était chiant à mourir » concéda-t-il avant de laisser un éclat de rire lumineux résonner dans le café comme une symphonie. De la joie à l’état le plus pur. « J’ai revu mes techniques de drague depuis » renchérit-il en lui jetant un coup d’œil complice, proche de l’autodérision.

« Oh » souffla-t-il finalement en changeant radicalement d’expression, lorsqu’elle évoqua l’une de ses ex, la dernière en date. « Hailey, oui. » reprit-il le regard fuyant, de nouveau, comme si la gêne reprenait le dessus. « Enfin non ». Il mordilla légèrement ses lèvres et se décida à la regarder droit dans les yeux. Si seulement il pouvait lui dire… « Après que - » Tu m’aies brisé le cœur. « Depuis qu’on - » S’est perdu de vue. Il marqua une nouvelle pause et baissa les yeux presque honteux. « Enfin, j’ai jamais vraiment réussi à me stabiliser. C’est… Je n’y arrive pas. Je ne sais pas pourquoi » confessa-t-il sur un ton plus neutre. « Mais c’était une fille bien, vraiment bien » ajouta t-il en reportant son attention sur la photo. « Je ne la méritais pas ». Il récupéra les photos et profita du contact de leurs deux mains interdites pour s’expliquer.

« De toutes les filles que j’ai rencontré, tu es bien la seule à l’avoir compris. Je veux dire, à avoir compris que je ne méritais personne ». Il rangea les photographies dans la pochette, en profita pour souffler un bon coup, et entreprit de la questionner. « Assez parlé de moi. Je vois que Matthew tarde à faire sa demande » lâcha-t-il avec sa franchise habituelle en fixant la main de Craig. « Je t’avoue que je suis surpris. Je m’attendais à - ». Il se stoppa brutalement, pris à son propre piège et reprit aussitôt « Enfin je pensais que si un jour je retombais sur toi, il t’aurait déjà mis la bague au doigt ». Il s’empara alors de son verre et après avoir bu quelques gorgées, il conclut, un sourire au coin des lèvres. « Toujours aussi froussard celui-là. Il y a vraiment des choses qui ne changeront jamais ». C'est alors que son regard se perdit dans l'immensité du sien. Bien évidemment, la fin de sa phrase n'était pas innocente. Il ne parlait pas de Gallo-bidule. Il s'en fichait. Il parlait de son coeur, de ce qu'il ressentait en sa présence. En fin de compte, rien n'avait changé.

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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Mer 25 Juin - 1:05

Norah avait toujours eu du mal avec les portes. Pas qu’elle se soit trop souvent prises les doigts dans leurs douloureuses fermetures – quoiqu’elle en gardait tout de même une ou deux séquelles du temps où elle était encore trop petite pour les ouvrir par elle-même -, non, elle n’aimait pas la portée métaphorique que celles-ci possédaient. Pourtant, bon nombre s’étaient ouvertes devant elle sur de nombreux plans. Ainsi, elle avait été en mesure de choisir entre divers métiers avant de jeter son dévolu sur son actuel. Des portes vers d’autres horizons, également, lorsque son dossier d’inscription pour l’ISP d’Amsterdam avait été accepté. Tant de portes ouvertes sur un avenir certain. Et pourtant, il y en avait une qui refusait de laisser percer la lumière : celle de ses sentiments. Jamais au grand jamais elle n’avait réussi à franchir la porte d’un autre ou à permettre à l’un de ses amants de passer la sienne. Tout était bloqué, fermé à double tours. Et en effet, elle y avait apposé deux cadenas à la suite de ces dernières années. Deux cadenas qui auraient du mal à retrouver leurs clés. En face de cela, se tenaient les véritables portes, faites de bois et d’acier, celles qui se claquaient pour de bon ou non. Celles qui faisaient plus de mal encore. Lorsque cette ultime porte s’était refermée derrière Fabrizio, tout les prédisposait à ne plus jamais se revoir. Néanmoins, elle n’avait jamais cessé de croire – d’espérer ? – qu’ils se retrouveraient, leur adieu ne pouvait s’écrire de la sorte. Ils avaient toujours des explications perdues dans le coin de leurs cœurs. Ils étaient les principaux protagonistes d’un conte qui n’en était qu’à ses balbutiements. Et si aujourd’hui, dans ce café anodin, leur était offerte l’opportunité de se munir de leur plume pour continuer ce qui avait débuté cinq années auparavant ?

Norah peinait à y croire bien que cette idée se fasse de plus en plus présente et pressante dans son esprit. Les paroles du jeune homme éveillèrent en elle l’espoir fou, désemparé, craintif, qu’il lui avoue, comme si de rien n’était, sur le ton désabusé dont il était passé maître depuis longtemps, que la raison véridique de son retour ne tenait qu’à elle, qu’il tenait à elle plus encore qu’il avait pu le laisser entendre lors de son ultime monologue enflammé. Mais non, ça n’était pas le cas. La tête de la jeune femme battait au rythme de son cœur et c’était une chose aussi douloureuse que mauvaise. Il fallait qu’elle se ressaisisse, le Sicilien ne devait pas avoir autant d’impact sur elle, pas après sa fuite de cinq ans.
« Professeur…, » répéta-t-elle, un sourire en coin. Ce devait donc être cela, le comble de l’ironie, ou tout du moins de l’amusement, le destin était décidément un farceur invétéré. Qui aurait pu parier, en le connaissant un minimum, sur le fait que Fabrizio Cominotti ferait un professeur, et un bon ? Bien que les prémices de leur « entente » furent tout sauf amicaux – le terme de mépris n’aurait à l’époque de leur rencontre pas été exagéré – elle lui avait laissé l’opportunité d’entrer dans sa vie, elle avait su le connaître malgré ses réticences dues à des colporteurs de ragots mal intentionnés. Elle trouvait donc cela normal qu’il soit devenu enseignant à l’ISP. C’était tellement logique à ses yeux. « Ca veut dire que tu vas rester. » Cette fois… « Je suis certaine que tu fais un excellent professeur, tes élèves doivent être très contentes… » Elle esquissa un nouveau sourire en insistant sur le caractère féminin des élèves dont il était question. Il était vrai qu’à l’âge d’être une étudiante, et même si elle avait été tout ce qui se faisait de plus sérieux, elle n’aurait pas craché sur un prof séduisant. Et la moindre des choses était de dire que Minotti jouait dans cette catégorie. Plutôt bien d’ailleurs.

« A l’Ambassade, » répondit-elle comme s’il s’agissait de l’évidence même, puis rajouta d’une voix précipitée alors qu’elle se rendait compte que non, ça n’en était pas une : « Américaine. Je travaille à l’Ambassade des Etats-Unis, je suis l’assistante de l’Ambassadeur. Pas mal de responsabilités, des horaires assez fous mais une immense satisfaction à chaque fois que je rentre chez moi et regarde la journée écoulée. » Un sourire satisfait éclaira son visage comme à chaque moment où elle pensait à son métier. Certes, elle n’était qu’une des deux assistantes de l’Ambassadeur, mais on lui avait promis que, bientôt, elle serait la seule à occuper ce post pour, pourquoi pas, briguer plus tard celui d’Ambassadrice. Cette simple perspective la couvrait d’une joie sans bornes. Oui, elle aimait ce qu’elle faisait. Peu pouvaient se vanter de posséder autant d’entrain et de motivation dans leur vie active. « Alors tu avoues que c’était de la drague ? » le taquina-t-elle avec un haussement de sourcils faussement étonné. Elle laissa sa plaisanterie prendre fin dans un rire avant de reprendre, une octave plus sérieuse : « Honnêtement, ça n’avait rien de chiant. Au contraire, plus j’y repense, plus je me dis qu’un bon match, avec l’ambiance du stade, l’adrénaline des scores serrés, me manque terriblement. » C’était ça de vivre à l’autre bout du pays du baseball.

Craig porta sa tasse à ses lèvres pour la terminer mais manqua de s’étrangler avec sa première gorgée.
« Je ne t’ai jamais… » Traiter de gros idiot incapable de respecter une fille ? Si. Mais elle ne l’avait pas fait en face et s’en était suffisamment voulu en se défendant du contraire par la suite. Réduisant à néant la distance entre leurs deux corps, elle posa sa main sur celle de Minotti pour appuyer ce qu’elle s’apprêtait à confesser. « Je n’ai plus pensé une chose pareille depuis très longtemps. Tu mérites une jeune femme aimante et indépendante, fidèle et amusante. Tu mérites quelqu’un de bien, de ta valeur. » De peur de se brûler, elle mit fin au contact qu’elle avait elle-même créé et baissa la tête, se dissimulant grâce à une cascade de mèches brunes. Une arrogante, voilà ce qu’elle avait dû être pour qu’il la voie capable de songer qu’il ne méritait personne, qu’aucune fille n’était assez mal pour lui. C’était complètement faux, presque stupide ! Elle aurait aimé lui faire comprendre explicitement, toutefois, cela aurait équivalu à révéler qu’elle le voyait plus que comme une simple connaissance, un ancien ami, et ça n’était pas son souhait du tout. Bien évidemment, cela aurait été trop facile de jouer cartes sur table avec lui. Prise dans ses pensées, elle ne compris pas immédiatement le sens de ses propos. Elle releva les yeux pour les diriger droit dans ceux de Fabrizio. « Oh… » Elle marqua une pause tandis que sa gêne ne faisait que gagner en puissance, la preuve étant le rougeoiement intense dont ses joues étaient la proie. « Mon doigt n’est pas si facile d’accès, j’imagine. » Norah lâcha un petit rire forcé qui prit fin au moment où son téléphone se mit à vibrer dans son sac.

« Excuse-moi, » souffla-t-elle en prenant la communication. Qui avait dit que les portables étaient une mauvaise chose ? Pile à l’instant où une diversion était la bienvenue, le sien se mettait à sonner. Sa chance sembla toutefois tourner au fur et à mesure que son interlocuteur – Monsieur l’Ambassadeur lui-même – ne cessait de jacasser dans le combiné. « D’accord, » lâcha-t-elle en fin de discussion dans son anglais franchement américanisé avant de raccrocher. « Le travail. » Elle haussa les épaules dans un geste indiquant la banalité de cette interruption puis transforma son air blasé en attitude désolée. « Ils ne peuvent pas se passer de moi, même quand je suis en week-end. » Sourire froid, dénué de toute émotion. « Je vais devoir y aller… » Sentence ô combien fatale. Elle commençait tout juste à renouer avec son – peu – glorieux passé, elle n’avait pas envie d’y mettre un terme aussi précocement. Pourtant il le fallait, elle ne pouvait dire non à son patron qui avait fait l’effort de l’appeler en personne. C’était dire adieu à tout espoir de carrière supérieure en plus d’être irrespectueux au possible. La jeune femme se leva sans quitter l’Italien des yeux. « On devrait se revoir, à l’occasion. » Un pâle sourire se dessina sur ses lèvres. « Si tu n’as pas oublié mon nom de famille, tu devrais, au pire, me retrouver dans le bottin. » C'était faire preuve de lâcheté que de s'éclipser de la sorte, mais elle n'avait pas le choix, même si elle aurait préféré rester en sa compagnie ne fut-ce que quelques minutes de plus. Indéniablement, quelque chose la ramenait vers lui, quoiqu'il se passât, ils se reverraient. Elle en était persuadée. Tant qu'il ne se déciderait pas à la libérer de ses sentiments, elle ne pourrait être complètement libre, elle s'en rendait compte maintenant. Si seulement il pouvait briser ses propres chaînes pour lui rendre sa liberté.

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MessageSujet: Re: It's not that Hard [R.]   Aujourd'hui à 15:16

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